Savez-vous que le corps humain est constitué en moyenne, de 65% d'eau ? Que l'eau recouvre les 3 quarts de la surface de la terre ! Que 97 % de cette eau présente sur Terre est salée et que 2 tiers de l'eau douce sont conservés à l'état solide dans les glaces polaires et les neiges éternelles, alors que seulement un peu moins d'1 tiers est constitué d'eaux souterraines.
Alors afin de le constater de visu, cette année nous avons décidé de faire un compromis entre eau douce et eau: salée nous nous sommes décidés pour un voyage au Spitzberg dans l'archipel du Svalbard dans l'arc polaire arctique entre Norvège et Groenland.
L'eau façonne les paysages, fertilise les sols, relie les peuples, purifie les hommes; mais si l'eau vient à manquer, c'est la planète entière qui boit la tasse ! Donc pour assurer nous avons choisi un séjour randonnée & kayak et pourquoi ne pas rencontrer un groupe sympa ? En route pour l'Arctique.
L'Arctique n'est pas qu'une contrée désolée de glaces et de roches balayée par des vents. La "terre des ours " est au contraire riche de mille et un paysages envoûtants, à la flore et la faune fascinantes (plus de 150 espèces de fleurs recensés et pas moins de 160 espèces d'oiseaux), que magnifie une lumière unique. Climat, espaces, lumière dans ce pays tout est extrême. Avec 98 % de terres vierges de toute activité humaine, le Svalbard est l'un des derniers sanctuaires naturels de la planète. Et surtout, Ici l'eau & l'art ne font qu'un !
Une île sur le toit de l'Europe
Le Spitzberg, situé à 500 kilomètres à l'est du Groenland, est la plus grande île de l'archipel du Svalbard qui s'étend entre 74° et 81° de latitude nord et entre 10° et 34° de longitude, dans l'océan Arctique. Le nom "Spitzberg" donné historiquement donné à l'ensemble de l'archipel du Svalbard signifie côte froide. Des pans entiers de terre sont recouverts par des glaciers. Cependant, le Courant nord atlantique tempère le climat arctique, rendant les eaux navigables quasiment toute l'année.
Pour venir jusqu'au Spitzberg, il faut une bonne raison et pour y rester, il faut être un peu fou. Longyearbyen, à deux heures de vol du continent est la ville principale de l'archipel et l'une des communautés humaines la plus septentrionale du globe. Dans ce village du bout du monde, les distractions sont rares.
À Longyearbyen, le soleil de minuit dure du 20 avril au 23 août et la nuit polaire du 26 octobre au 15 février. Cette petite bourgade aux maisons de bois peintes de couleurs vives est traversée par la petite rivière Longyear-Elva qui roule ses eaux boueuses échappées du glacier qui domine la vallée avant de se jeter dans le Fjord.
Une église et la maison du gouverneur en bois, des pylônes en rondins hauts de 30 mètres, des bennes à minerai suspendues au bout de leurs câbles rouillés plantent le décor de cette ville minière. Les norvégiens continuent d'extraire du sous-sol quelques milliers de tonnes d'anthracite pour les besoins de la ville en chauffage et eau chaude.
Ici on consomme l'ours polaire à toutes les sauces. Des habitants qui se promènent fusil sur l'épaule sous les panneaux "danger ours" au gros nounours en peluche, des fourrures provenant uniquement des animaux abattus dans des conditions de légitime défense aux vêtements et vaisselle à l'effigie de la bête : l'ours polaire est roi, l'espèce compterait entre 3 000 & 5 000 spécimens répartis sur l'ensemble de l'archipel.
Dans le hall de l'hôtel Radisson un mâle empaillé de 600 km plus vrai que nature dressé sur ses pattes arrière accueille les touristes toutes griffes dehors.
Après la visite le la ville, en fin d'après-midi, nous remontons une petite grève de galets puis ce sont les entrepôts du port, avec des grues, un cargo et quelques voiliers en toile de fond, l'endroit est sinistre et n'engage pas au voyage. L'eau, qui ne doit pas dépasser les 5° C n'incite pas au kayak... cependant !
Nous embarquons, hommes & matériel, sur le Longoysund qui sent la peinture antirouille et la graisse mêlée aux embruns. Depuis le pont du bateau l'archipel du Svalbard se révèle. L'été arctique ne dénude qu'une infime bande côtière du manteau glacé qui couvre la terre ferme avant le pôle nord. Au printemps le paysage se transforme, quelques points de couleur viennent égayer la grisaille : le silène agrippé au dos des pierres forme un cousin.
Durant les 2 heures 30 de navigation à travers l'Isfjord, nous admirons les côtes qui se déroulent à l'infini et nous découvrons la toundra où ne pousse pas le moindre arbuste, excepté le saule du Spitzberg, minuscule salicalicées.
Des pétrels fulmar épousent le contour des vagues et suivent le sillage du navire, quelques mergules nain se reposent sur la mer, pendant que des macareux nous survolent en battant des ailes à toute vitesse. On entend déjà au loin les détonations du glacier qui vient se casser dans la mer. Sur le pont balayé de rafales de vent, on ne tient pas longtemps sans bonnet ni gants.
Le bateau s'arrête au large du glacier de Svéa entre les icebergs et le Zodiac nous débarque tous équipés de bottes et de pantalon imperméable. La plage où nous débarquons
La plage où nous débarquons est jonchée de galets et de bois flotté. Un coup d'œil sur notre camp de base situé à quelques mètres de la grève et nous regardons le navire lever l'ancre pour revenir dans une semaine. Nous sommes seuls au monde, enfin presque !
Première consigne de notre guide : ne jamais s'éloigner seul du camp de base, nous sommes tous en possession d'une alarme anti-ours... mais que faire face à un ours affamé. Donc méfiance. Nous découvrons nos tentes individuelles et la tente Mess et finissons d'installer le camp de base en prenant soin d'éloigner toute la nourriture.
Le camp de base posé sur une terre sombre et sèche sommeille sous un immense ciel bleu parfois strié de nuages. Vers 23 heures la fatigue nous gagne, mais c'est à peine si le soleil de minuit haut dans le ciel s'infléchit légèrement vers l'horizon. La lumière implacable empêche de dormir. Nous écoutons les consignes pour le tour de garde que nous effectuerons toutes les nuits durant notre séjour : 2 heures à tour de rôle jusqu'au moment du réveil.
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